Souvenirs d'un Mont Blanc...



C'était un rêve. Un rêve de gosse. Non, un rêve de jeune homme. Cela ne risquait pas d’être un rêve de gosse car je ne suis pas né à la montagne. Quand j’étais gamin je ne le voyais pas le Mont Blanc, j'ai pas grandi à Chamonix dans une famille de montagnards. D’ailleurs le gamin qui grandit dans une famille de montagnards cela ne doit pas être un rêve de gosse non plus car il a dû le faire à 12 ans avec son père qui l'a déjà fait 36 fois. En fait c'était le rêve d'un gars qui un beau jour quand il avait la vingtaine est monté sur un des sommets du Jura et a découvert la vue en face de lui. Le lac Léman, les Alpes suisses et ce géant juste là, plus haut que les autres. Un jour, j'irai...

Ce jour-là je n'étais pas alpiniste, je ne le suis toujours pas mais maintenant j'aime l'alpinisme. Les vrais diront que le Mont Blanc ce n'est pas de l’alpinisme, qu'importe, c'était un rêve et c'était l'été 2018, j'ai envie de vous raconter...


Le jour se lève, le soleil rase l'horizon et l'ombre du sommet s'étend sur la mer de nuage en contrebas, nous somme à 4200 mètres d'altitude, à côté du refuge Vallot. Ce sont les heures les plus froides de la journée, juste avant que le soleil ne commence à monter dans le ciel, certainement les plus belles aussi. Nous sommes dans un monde parallèle, glacé et coloré, envoûtant et destructeur. Le souffle court, il reste 600 mètres de dénivelé à gravir et pourtant le sommet semble être à un coup de fusil. Cette fois il n'y a aucun doute, nous irons en haut, la météo est avec nous. Il ne reste de bruit que celui des crampons dans la glace et celui du cœur qui bat jusque dans nos tempes. Nous avançons lentement, encordés à trois, c'est un cortège de minuscules points sur l'immensité de la montagne qui tente de gagner quelques mètres d'altitude. Nous tentons de gravir la courbe d'altitude sans cesse freinée par celle inverse de la quantité d’oxygène. Nos idées ne sont certainement plus très claires mais l'objectif est intact, le mouvement est bien huilé, toujours un pied devant l'autre et ce mime d'aspiration d'un air qui n'existe pas.


Le temps s’égraine, nous sommes partis à 4h00 ce matin, nous avons franchi le couloir du goûter, encore fourbus d'une nuit sous la tente, sur les rochers à proximité du refuge de tête rousse. Nous sommes passés à côté du refuge du goûter dans la nuit noire, nous avons vu le Dôme du même nom constellé de frontales d'alpinistes partis du refuge à 3900 mètres. Avant cela nous sommes montés depuis le petit train dans la chaleur. Plus encore nous avons préparé, rêvé, organisé, espéré depuis des jours pour cet instant précis où nous atteindrons le sommet. À titre personnel, à force d'entendre dire que le Mont Blanc est dangereux, je suis parti de chez moi comme si je n'allais pas revenir. Direction l'abattoir, merci papa, au revoir maman, on se revoit de l'autre côté. Et pourtant j'y suis allé motivé, envieux et conquérant. À l'heure d’écrire ces lignes, nous n'avons pas le droit de sortir dans la rue car le taux de mortalité est de 0,05% à cause du Covid-19, il était de combien ce jour de 2018 ? Les ronchons diront que je ne comprends rien, d'autres rigoleront, désolé, je divague.


Il est 8h33, nous sommes à 4810 mètres d'altitude et le sol est plat, nous ne pouvons pas aller plus haut. Aucune montagne n'est plus haute autour de nous, nous sommes au-dessus de tout le monde et nous sommes seuls. Nous nous sommes embrassés et félicités, nous sommes mutuellement fiers de nous, puis nous laissons le silence revenir, comme pour savourer l'instant plus intensément. Je regarde en direction du Jura, je ne vois pas le sommet de la Dôle mais j'imagine. Je m'imagine en haut en train de regarder le Mont Blanc 8 ans avant. J'y suis.


Merci Flo, qui a sué, qui a soufflé, qui a vomi même un peu, et qui aurait certainement préféré prendre un thermique de fou dans la vallée de Passy, sa voile au dessus de la tête pour nous regarder d'en haut, mais qui a été sacrément valeureux pendant l’ascension. Un vrai solide, je suis sûr que ses jambes vanille fraise s'en souviennent encore, il comprendra...


Merci Bibou, pour ton éternelle joie de vivre, le mot pour rire et le sourire espiègle du gamin qui a fait une bêtise. Inépuisable, inutile de préciser qu'il n'a pas plus souffert que lors de la rando dominicale avec mémé.


Et merci Max, qui était de la première tentative en 2017, qui a sut dire stop au refuge Vallot, au bon moment au bon endroit au vue des conditions dangereuses. Costaud de A à Z, tu iras en haut un jour !




Les lunettes de l'ascension :


On était 3 et il y avait 2 Julbo SHIELD et une Vuarnet. Les 3 paires étaient avec des verres de catégorie 4, indispensable à cette altitude dès le levé du soleil.

Parole de Flo sur la Julbo SHIELD : « J'ai acheté ces lunettes pour faire du parapente au départ, car elles ont des coques amovibles qui protègent super bien sur le côté et sont livrées avec un petit cordon. Évidemment j'ai été super bien avec pendant toute la course. On les oublie vite, elles ne gênent pas même avec un casque, vraiment top ! »

Perso je n'ai rien à ajouter ! Elles sont disponibles en magasin évidemment...